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Ethnolinguiste.org remet au jour et partage gratuitement diverses choses d’Oc, épuisées voire introuvables. De la lecture pour les longues heures de confinement, pour le plaisir ou pour l’étude. Lire « Être ethnolinguiste en Gascogne« .

Si malgré ma vigilance vous détectez un soucis relatif au droit d’auteur, veuillez me le signaler sans délai ici je le prendrai aussitôt en compte : Contact

Prochainement dans le domaine public : Théobald Lalanne, le 26/11/2022 – Georges Millardet, le 20/9/2023 – Jean Poueigh, le 15/10/2028 – Fritz Krüger le 8/8/2044 seulement, vous avez le temps de traduire son œuvre en français.

  • Février 2021

 

  • Patois

 

 

  • Fritz Krüger, un ethnolinguiste du domaine roman méconnu en France

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Basque et gascon

« Les rares cas de communauté [de noms de plantes et d’animaux en Gascogne] avec le basque se révèlent comme des emprunts du basque au pyrénéen pré-latin ou comme des emprunts tardifs du gascon au basque, mais non comme une attestation que le basque serait le dernier rejeton direct des langues pré-latines de l’Aquitaine. » Jean Séguy, Les noms pré-latins des animaux et des plantes en Gascogne. VIIè Congrès  International de Linguistique Romane, pp. 531-538. Volume II. Barcelone, 1953.

« Quelle que soit sa spécificité linguistique, le gascon est volens nolens, ne serait-ce que par sa situation  socio-culturelle dans l’hexagone français, entrainé impérativement dans le sillage et le dynamisme de la reconquête occitane dans son ensemble. Un repliement frileux ou agressif sur lui-même, ou encore le rêve d’une Vasconia mythique, euskaro-gasconne, malgré l’antique parenté, ne doit pas nous le faire oublier ». Pierre Bec, Le gascon, dialecte occitan ? in Langues, dialectes, écriture : les langues romanes de France : actes du colloque de Nanterre des 16, 17 et 18 avril 1992 organisé par l’IEO, pp. 150-155.

Index et table des matières du second volume des actes du VIIe Congrès International de Linguistique de Barcelone, 1953.

 

 

 

  • Ethnolinguistique

« Mener son enquête avec détermination et persévérance, ne négliger aucun effort, aucune source ni aucun détail, se défier des théories et des catégories établies a priori, s’en tenir aux faits étayés par des preuves, observer la scène sous tous les angles possibles pour en tirer du neuf, en faire émerger une étincelle de vérité. » J’espère que ces quelques mots réunissent l’ethnolinguiste, l’inspecteur de police, le chercheur de trésor, le pataphysicien. Mais s’agissant d’ethnolinguistique, il s’agit de donner à chérir, à savourer, un état d’être humain comme on savoure un bon vin, et de le traduire en mots pour que le lecteur partage la jubilation de l’enquêteur devant ses découvertes présentées avec ordre et méthode.

  • Faune populaire de Gascogne

La Gascogne connait des particularités zoologiques que la science n’explique pas : le serpent galactophage, le mode de reproduction du terrible basilic, le cycle de vie de la vipère et de la libellule… Une émission radiophonique en dresse un panorama succinct, avec attention spéciale portée sur le serpent, ainsi que sur la belette qui lui est apparentée. Les petits de la vipère passent pour tuer leur mère à la naissance, condamnés qu’ils sont à lui dévorer le ventre pour parvenir au jour. Henri Polge (Le franchissement des fleuves, Via Domitia XIX, 1978, p. 87 note 52) signale un basilic habitant le puits sous la sacristie de la paroissiale de Castelnau-Barbarens jusqu’au XVIIe siècle, d’après Chroniques ecclésiastiques du diocèse d’Auch, 1746, p. 391.

Pierre BEC nous remémore quelques formulettes : « Panquèra, bèra, bèra, Qu’as pan enà taulèra, Hormatge enà ‘scudera, E leit enà caudèra. » (Belette, belle, belle — tu as du pain sur la table — du fromage dans l’écuelle — et du lait dans le chaudron). Luserna, luserna – Qu’es dins ta cramba  –  Amaga-le, luserna – Dormis-là maitinada. (Luciole, luciole – au secret de ta chambre – couvre-feu, luciole ! – Le matin s’en vient, dors !)

BEC, Pierre. Formations secondaires et motivations dans quelques noms d’animaux en Gascon. RLiR 1960, Band 24, Heft 95-96, pp. 296-351. [ici : Article extrait au format PDF]

Voir aussi :

 

Verlinde, Claude. Le têtard, la lecture. 1997
Verlinde, Claude. Le têtard, la lecture. 1997

Jean Séguy (linguiste) dans cet article sur les noms de têtard, révèle un style d’auteur qu’on aime à lire : « Les premiers instincts du pêcheur s’exercent à capturer cette proie agile et glissante – et l’on sait le goût qu’ont les ruraux, jeunes ou vieux, pour la pêche à la main – ; la cruauté naturelle au premier âge, excitée et justifiée par l’aspect grotesque et insolite de la bête, trouve matière à s’exercer sur cette petite vie incapable de mordre ou de piquer ; avec cette horrible chose frétillante et gluante, on peut jouer aux filles et aux tout petits quelques farces de haut goût. Il arrive même que la pêche soit logiquement suivie d’une abominable dînette, cuisinée entre deux pierres au revers d’un fossé…« . On se referrera aussi à l’interview radiophonique de J.-C. Dinguirard sur le folklore du serpent, pour mieux connaître les extraordinaires spécificités zoologiques de la Gascogne : filiation de la vipère et de la libellule, serpent galactophage, gestation pour autrui de la poule en faveur du serpent pour enfanter le terrible basilic au corps de loutre, et tant de récits sur les arts de la magie et de l’illusion que maitrise le serpent, maître parmi les lupins, et les moyens de s’en prémunir voire de s’en approprier quelques avantages. Dinguirard nous y apprend que la belette parfois, alterne sans encombre avec le serpent. La belette, en Gascogne, est parfois vénéneuse et que Panquèra est parfois remplacé par Vipèra dans la formulette « Panquèra, bèra, bèra, Qu’as pan enà taulèra, Hormatge enà ‘scudera, E leit enà caudèra. (Belette, belle, belle — tu as du pain sur la table — du fromage dans l’écuelle — et du lait dans le chaudron). » Il faut bien sûr être gascon – ou ethnolinguiste – pour connaitre ces spécificités locales que ne reconnait pas la science vulgaire à vocation généraliste, universelle et atemporelle.

 

  • Des mots et des choses

Par ailleurs, je poursuis l’hommage à Fritz Krüger et à ses disciples dont Lotte Lucas-Beyer. Krüger fût formé par Suchier et de Schädel, disciple de Voretzsch. Ce dernier, phonéticien, l’initie à l’étude de la dialectologie romane, avec une attention particulière pour la péninsule ibérique. Les 2 thèses soutenues par Krüger (1911 pour la seconde) relèvent de la pure veine néogrammairienne, tout en étant marquées du sceau revendiqué des linguistes de terrain, sac au dos et marcheur invétéré, voué à l’espace roman et plus spécialement en France et en Espagne. En 1921 il rencontre Max Léopold Wagner qui insiste sur l’étude de régions éloignées et inexplorées, d’un archaïsme fort, et sur l’étude des mots en relation étroite avec l’environnement culturel dans lequel ils se produisent avec une grande attention portée aux détails. Se produit alors le « clinamen » de Fritz Krüger, qui fonde avec Küchler la revue Volkstum und Kultur der Romanen (1928-1944) (voir la table des matières des 16 années de vie de cette revue) et institutionnalise l’école des mots et des choses (initiée par Schuchardt, Meringer, puis Meyer-Lübcke) au sein de l’université de Hambourg. Un article complet s’enrichit progressivement au fur et à mesure des prises en librairies, je fournis par ailleurs sur simple demande un scan de tout article de cette revue que j’ai pu reconstituer dans son intégralité.

Pour nous autres, languedociens ou gascons, une attention particulière sera portée à l’œuvre monumentale de Krüger relative aux Pyrénées, et pour partie traduite en espagnol dans une édition signée Garsineu (Espagne), ainsi qu’aux trois volets de sa disciple Lotte LUCAS BEYER dédiés aux Landes de Gascogne juste après Arnaudin.

Enfin, l’apport de l’école de Krüger à la connaissance de nos racines, n’est pas limitée à son travail d’ethnographe et de linguiste, d’ethnolinguiste peut-on dire. Ils avaient les yeux grand ouverts sur des sources précieuses et trop peu citées par nos dialectologues romanistes : Millardet, Ronjat, Jean Haust, Menendez-Pidal.

Nos amis et voisins espagnols de Huesca et d’Aragon ont institutionalisé le travail de mémoire : « Les Hautes-Pyrénées » de Krüger ont été traduites en espagnol. La montagne de difficultés surmontées pour ce faire inclut la transcription phonétique d’un texte original publié par 3 éditeurs adoptant chacun sa propre convention.

Soudainement pris d’un doute relatif aux droits d’auteur, j’attends d’être fixé pour mettre ces ressources en ligne.

 

 


Comment s'y retrouver sur ce site ?

Le fil conducteur de ce site est le suivant :

1- Remettre au jour les travaux de l’école de dialectologie romane de Toulouse fondée par Jean Séguy, avec l’exhaustivité des travaux ethnolinguistiques de Jean-Claude Dinguirard et la mise en ligne de la revue Via Domitia, fondée par Séguy
2- Haute vallée du Ger : numériser les enregistrements sonores en gascon et francitan qui me restent de mon père, les relier aux articles et études qui les concernent. Solliciter de nouveaux travaux d’enquête ethnolinguistique auprès des locuteurs du même village (en cours, par Eth Ostau Commengès d’une part, Alice Traisnel d’autre part)
3- Créer ou compléter sur Wikipedia les entrées liées au domaine : ethnolinguistique, wörter und sachen, Jean Séguy (linguiste), Jean-Claude Dinguirard, Xavier  Ravier, Théobald Lalanne, Jacques Boisgontier, Pierre Bec.
4- Elargir aux Landes de Gascogne : remise au jour des œuvres de l’abbé Arnaud FERRAND, création de son entrée sur Wikipedia, mise en ligne de la revue catholique de Bordeaux
5- Constituer une bibliographie d’ouvrages numérisés liés à l’Occitanie : au 13/11/2020, ce site publie les liens vers plus de mille titres

Chaque article du site porte un titre, une description qui souvent se limite à la référence du texte, puis un ou plusieurs téléchargements proposés : article d’origine, enregistrement sonore… Enfin, des références secondaires sont indiquées :

Les articles de ce site sont classés comme décrit sur cette illustration :


L'école de dialectologie romane de Toulouse

Hommage à l’école de dialectologie romane de Toulouse

Jean SEGUY est de fait, le fondateur d’une école de dialectologie basée à l’université de Toulouse le Mirail, innovante et visionnaire, dont les « membres » survivant ont eu des parcours variés, particulièrement brillants (Allières), profondément ethnolinguistiques (Fossat, Dinguirard), d’un apport scientifique et méthodologique confirmé (Lalanne).

Ceux qui aujourd’hui encore ont eu à subir le déni de leur identité, de leur culture, de leur travail ou de leur langue par un Enarque ou un Polytechnicien confortablement assis et préoccuper de penser le monde en un petit nombre de catégories simples à manipuler, savent de quelle colère sourde ont pu bouillir Séguy et plus généralement les linguistes d’Oc à la suite de discours de Paris dans « les parlers de France« . Selon Paris, les patois ne sont que des variantes de notre langue commune – le latin. Parler patois est le fait d’illettrés, au vocabulaire moins riche et aux tournures archaïques. Les parlers populaires se perdraient les uns dans les autres en nuances insensibles, et citant la « loi » de Meyer : il n’y aurait en fait de dialectes que des nuances linguistiques.

C’est dans ce même discours négationniste que Gaston Paris propose pourtant de confier à Gilliéron d’établir l’ALF (Atlas Linguistique de la France). Il justifie ce projet par le caractère « touchant », « précieux » et « intéressant » des dénominations topographiques primitives de France ; « si nous ne pouvons empêcher la flore naturelle de nos champs de périr devant la culture qui la remplace, nous devons avant qu’elle disparaisse tout à fait, en recueillir avec soin les échantillons, les décrire, les disséquer et les classer pieusement dans un grand herbier national. »

L’ALG constitue une objection sérieuse et étayée aux propos de Gaston Paris. Séguy en effet, 50 ans plus tard, détourne la forme imposée à l’exercice de nouvel « herbier national » voulu par Albert Dauzat : il cartographie le rayonnement linguistique de la Gascogne et fonde, à partir des travaux pionniers de Lalanne, la science de l’étude des différences dialectales que Paris vouait au formol et aux musées.

Pour autant, l’œuvre fut loin d’être achevée : faute d’outils devant l’immense quantité d’information, faute de temps, faute de sérénité ou par excès de combativité, Lalanne comme Séguy n’ont pas su descendre à l’échelle des dialectes gascons.

La relève est assurée aujourd’hui, à Montpellier ou Nice par exemple, par Jean-Léo Léonard et Guylaine Brun-Trigaud (THESOC).

Je n’ai pas d’information à ce jour sur le travail mené à l’université de Toulouse 2 en matière de linguistique occitane.

Invention de la dialectométrie. L’abbé Théobald Lalanne, nommé par Albert Dauzat comme enquêteur du NALF sur la Gascogne Maritime, enquêteur principal auprès de Jean Séguy sur les 3 premiers tomes de l’ALG a défini, à partir de ses relevés d’enquêtes, les concepts fondamentaux de la dialectométrie. Jean SEGUY a transformé cette invention conceptuelle en science dialectologique varationniste opérationnelle (ALG VI). Thomas FIELD et Jean-Léo LEONARD resituent cette innovation dans le contexte de la linguistique générale de l’époque. Aujourd’hui encore, les publications scientifiques (voir les publications de Hans Goebl depuis 1983, Guylaine Brun-Trigaud, 2018;  Jean-Louis Fossat, 2016; Jean-Léo Léonard, 2017) restituent la paternité de la dialectométrie à l’abbé Lalanne et le rôle fondateur de Jean Séguy dans son utilisation en pratique.

Création de l’ethnolinguistique gasconne. Jean Séguy , « créateur de la linguistique occitane et inventeur de la dialectométrie, (…) ses thèses sont des classiques de l’ethno-botanique et du contact des langues. (…) l’Atlas gascon constitue bien souvent la seule source folklorique sûre pour un territoire en bien des cas mal connu : Jean Séguy restera ainsi également comme l’une des figures de tout premier plan de l’ethnolinguistique. » L’Atlas Linguistique de la Gascogne, d’abord ethnographique puis dialectométrique, rompt avec le dogme de Gaston Paris à l’origine de l’ALF en révélant et mesurant la diversité et la richesse des langues régionales. (Dinguirard, 1973, Thomas FIELD, non-daté).

Cette école perd sa cohésion au décès du maitre Séguy mais les trajectoires linguistiques et dialectologiques de ses émules et épigones en constitue un hommage jusqu’à ce jour.

La méthode SEGUY repose sur trois mots d’ordre : relever les faits de langue sur le terrain (ethnolinguistique), pratiquer l’ars difficilimma nesciendi (s’incliner, s’humilier devant l’objet ; déceler des rapports de causes à effet ; et quand les tables refusent de répondre au consultant, celui-ci se tait lui-même sans chercher à produire de son propre cru ce que les faits n’ont pas voulu leur livrer) et découvrir l’inconnu (« L’équipage de romanistes toulousains s’est donné pour cap fixe de toujours aller à la découverte : connaître et faire connaître l’inconnu, quoi qu’il en doive coûter. Refaire le déjà fait, “renouveler la question, étudier le problème sous un autre angle”, est exclu du programme. Ou du neuf, ou bien se taire. ». (Jean Séguy, c. r. de « J.-L. Fossat, La Formation du vocabulaire gascon de la boucherie et de la charcuterie. Étude de lexicologie historique et descriptive, Toulouse, 1971 », Annales du Midi, tome 84, n° 106, 1972, p. 95.)

Ce site est particulièrement dédié à ceux qui sont partis trop tôt et dont le travail risque d’être méconnu voire oublié.

1. Bio-bibliographie de quelques acteurs liés à cette école (ou pas)

2. Aperçu historique

Nota : Le paragraphe qui suit est repris de Wikipédia, il a été écrit sous la direction – presque sous la dictée ! – de Jean-Léo Léonard que je remercie vivement.

L’université de Toulouse le Mirail, aujourd’hui Toulouse Jean-Jaurès, héberge quelque temps une école de dialectologie active et innovatrice sous l’impulsion de Jean Séguy et dans la lignée de ses prédécesseurs illustres tel que Georges Millardet.

Théobald Lalanne42 dans le cadre du Nouvel Atlas Linguistique de la France, étudie la Gascogne maritime. Il démontre par la mesure lexicale et phonologique que les dialectes gascons dont parle la littérature – parler noir, parler clair, parler béarnais – sont des concepts sans réalité. Il cartographie un « magma dialectal nulle-part semblable à lui-même ». Il s’étonne de l’homogénéité dans la distribution des limites d’aires, qu’il compare à la distribution des feuilles tombées d’un tilleul en automne, constatant « autant de parlers que de villages ». Pour Théobald Lalanne, la répartition géographique du fait dialectal relève de la théorie des grands nombres : ses mesures révèlent l’absence d’identité linguistique et d’isoglosse à l’intérieur du périmètre étudié.

Soucieux d’ouvrir la voie à des développements ultérieurs, Théobald Lalanne définit d’abord l’aréologie linguistique sur la base de trois entités – noyaux, bordures, aires – dont il décrit, pour chacun, différents types. Il définit ensuite une méthode quantitative qu’il nomme « spectre linguistique », pour établir les frontières réelles d’un dialecte à partir de mesures précises réalisées sur un grand nombre de points d’enquêtes peu éloignés, le long d’un axe traversant le territoire étudié. Il s’agit d’abord d’inventorier les critères lexicaux et phonétiques à la fois communs – rayonnement linguistique – et de démarcation – déformation des limites d’aires par résistance ou rejet – d’en représenter les aires puis de compter sur chaque intervalle entre deux points, le nombre de limites d’aires et le nombre de différences dialectales inventoriées et décrites une à une. Il définit enfin différents indicateurs : le « coefficient de densité verbale ou indice d’émiettement du vocabulaire » – nombre moyen de désignations par objet – le coefficient de polyphonie, le coefficient de fécondité verbale, le coefficient de latinité ou d’ancienneté, d’un territoire d’enquête.

Jean Séguy hérite donc à la fois du constat d’impasse de l’aréologie que fait Lalanne à constater des sous-dialectes gascons43, et d’éléments structurants de fondations scientifiques pour sortir de cette impasse. Jean Séguy44,45 travaille sur ce sujet pendant environ trente ans et sans ordinateur, notamment dans le cadre du nouvel Atlas Linguistique de la France, avec pour enquêteur principal Théobald Lalanne – volumes 1 à 3 – puis Xavier Ravier – volumes 4 à 6 – procède à un changement d’approche et à un changement d’échelle46. Il complète le questionnaire initial de Dauzat47,48 délaisse la quête d’identité linguistique stricte pour s’en tenir à des degrés de ressemblance43 et passe de l’échelle du sous-dialecte gascon à celle de la gasconité49. Jean Séguy invente ainsi la dialectométrie50, objet conclusif du sixième et dernier Atlas linguistique de Gascogne, plus particulièrement de ses cartes 2513 à 253151.

Plus globalement, Séguy invente l’ethnolinguistique Gasconne, traite des fonctions linguistiques et extra-linguistiques du dialecte – cartes et indications géographiques, historiques et culturelles – ainsi que de la fonction dialectale de démarcation entre communautés humaines34. La dialectométrie52,53 connait d’importants développements ultérieurs grâce à l’analyse numérique et à la modélisation assistées par ordinateur54 et aux travaux de Hans Goebl55,56 notamment.

Xavier Ravier résume, en 1974, la définition57 de cette discipline comme la « mesure mathématique de l’incidence réelle de la variation des parlers dans l’espace ».

C’est finalement Jean-Claude Dinguirard qui explorera de manière qualitative, par la méthode ethnolinguistique, la dimension microdialectale de l’émergence de sous-dialectes et de chaînes de parlers en contact, dans sa thèse sur la Haute vallée du Ger. Il croise les narrations et les aspects les plus divers de la culture locale, en opposant les facteurs externes (géographie et histoire) aux dynamiques de convergence et de divergence ethnoculturelles et linguistiques. De ce dernier point de vue, il étudie l’affinage des pratiques langagières (notamment narratives) et les effets de rayonnement de diverses strates de gascon, elles-mêmes soumises peu ou prou à l’influence ou l’interférence du français comme langue-toit. A travers cette dialectique minimaliste sur le plan territorial et maximaliste du point de vue de l’incidence des contacts horizontaux (les parlers entre eux) et verticaux (les normes régionales et la norme nationale), il fait apparaître les facteurs motivant la trame des chaînes géolinguistiques dans leur ancrage ethnolinguistique. Il met en valeur l’incidence ethnolinguistique minimale du dialecte, tout comme son mentor, Jean Séguy, avait fait apparaître l’incidence minimale du fait dialectal à l’aide d’un test dialectométrique sur les données catalanes de Henri Guiter58.

Au niveau macroscopique, la synopse des coefficients d’asymétrie de Fisher59 permet de faire apparaître des aires dialectales cohérentes, au-delà de l’embrouillamini des faits de variation superposés, même si les aires dégagées sont plus diffuses et moins circonscrites que ne l’étaient les dialectes traditionnels définis par l’approche classique en dialectologie, fondée sur les faisceaux d’isoglosse60,61.

Auteurs :

 

3. ADN de l’école de dialectologie romane de Toulouse

Ars difficillima nesciendi ou savoir dire qu’on ne sait pas, l’exigence de réalité, de vérification, de preuve basée sur les faits, le primat des faits sur la spéculation. « Faire sienne l’épistémologie de Jean Séguy c’est notamment refuser de plaquer une grille interprétative a priori sur les données observées » (J.-C. Dinguirard, notes), ou encore « (…) ce second mouvement où l’hypothèse commode supplée de façon si tentante la quête laborieuse. » (Anatole et Dinguirard, 1980).

Jean Séguy (Via Domitia 3, 1956, p. 27) donne le cap : « Il y a deux méthodes pour s’expliquer les faits linguistiques ou autres. L’une consiste à s’enfoncer dans un grand fauteuil, à joindre les bouts des doigts, à clore les yeux, à s’abstraire du monde mineur des objets et à chercher dans le monde majeur et intérieur de l’esprit, par définition dépositaire de l’état inné de la connaissance universelle, la solution, la théorie (…). L’autre méthode est tout bonnement celle du maître sous la garantie de qui nous avons voulu placer cette étude [NDLR : il peut s’agir d’Adolphe Terracher]. Elle s’incline, s’humilie même devant l’objet (…) elle tâche de déceler des rapports de causes à effet. Quand les tables refusent de répondre au consultant, celui-ci se tait lui-même sans chercher à produire de son propre cru ce que les faits n’ont pas voulu leur livrer (…) ars difficillima nesciendi » et de qualifier de sublime la conclusion de la thèse de W.D. Elcock(†), que nous reproduisons ici : « En ce qui concerne la question du substrat, nous devrions nous excuser de n’aboutir qu’à une conclusion « négative », par rapport aux récents travaux de nos devanciers. Cependant, peut-être sert-on mieux la science en exposant une erreur qu’en échafaudant une hypothèse séduisante, mais fragile. Il est parfois salutaire de pratiquer l’ars difficillima nesciendi. »

Clinamen, leitmotiv, ce signe de ralliement qui caractérise remarquablement le travail humble, rigoureux et patient de l’abbé Théobald Lalanne, fonde l’école Séguy de dialectologie toulousaine, repris par tous ses disciples parmi lesquels Jean-Louis Fossat (1, 2, 3) et Jean-Claude Dinguirard (4).

Loin du refus de se poser quelque question que ce soit, l’ars difficillima nesciendi exige de combler le vide de l’ignorance par la connaissance et non par la croyance.

4. Via Domitia, revue de linguistique des pays situés entre Ebre et Garonne : 30 numéros publiés par l’école de dialectologie romane de Toulouse

Via Domitia « a bien failli ne pas survivre à la brutale disparition de Jean Séguy qui l’avait fondée », en 1950. Le numéro 18 parait en 1974 suivi d’un long silence.

projet de couverture VD 1984 t1-page-001Jean-Claude Dinguirard relance la revue en 1976, avec le n° 19. Sa couverture est blanche, le tirage en offset cède la place à une impression normalisée toutefois soumise aux servitudes linguistiques de l’Atlas Linguistique de la France, contrainte technique qui induit quelques retard dans la publication de ses numéros 19 en 1976 et 20-21 en 1978. Le choix est fait en 1978, d’utiliser pour la revue le système de transcription phonétique mis au point par Pierre BEC dans son Manuel pratique de philologie romane (I, pp. 7-10),  à ceci près que les fricatives correspondant aux occlusives [b, d, g] ne peuvent être notées par des caractères barrés et « si l’on tient à la précision, on pourra noter ces spirantes par les caractères grecs correspondant ».

En 1978 donc, la revue est remise sur ses rails et publie outre les numéros 19 et « 20-21 », deux forts volumes spéciaux en hommage à son fondateur, Jean Séguy. Les années qui suivront

La revue numérisée sera bientôt disponible en ligne ici.

Via Domitia accepte tous les textes qui lui sont proposés : elle se veut un recueil d’essais sur la linguistique, la dialectologie, l’onomastique, l’ethnographie des langues du nord de l’Espagne et du sud de la France ; plus précisément, « des pays situés entre Ebre et Garonne ».

Via Domitia a su rester a l’abri de certains excès dans la recherche d’une parenté au Gascon, tant du côté Basque (Rohlfs, Corominas) que du côté hellénique (A. Durrieux ou plus scientifiquement W. von Wartburg).


Sites utiles

Comminges et Couserans, Gascogne, Occitanie

 

Ethnolinguistique, linguistique

 

Trouver – voire commander la numérisation d’un texte ancien

 


Remerciements

Ce site n’aurait jamais vu le jour et ne serait pas ce qu’il est, sans de nombreux concours amicaux, qu’ils en soient ici vivement remerciés – puissent ceux qui ne seraient pas listés ici me pardonner (ou m’écrire afin que je corrige) :

  • Pierre Escudé, linguiste, Professeur des Universités à l’Université de Bordeaux / Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education (ESPE) d’Aquitaine en Didactique des langues (bilinguisme, plurilinguisme, intercompréhension, traduction),
    • Pierre vint tout droit où il fallait ! Avec doigté, respect, patience pour mon ignorance et mes impatiences, vous avez su me faire ouvrir les malles scellées au ciment de la poussière et du temps : merci, il fallait que tout ceci soit remis dans un courant de vie !
  • Jean-Léo Léonard, dialectologue, Université de Montpellier 3 (Dipralang, EA 739) et admirateur de l’Ecole de linguistique et de dialectologie de Toulouse,
    • Jean-Léo, qui ne mesure pas son génial talent et dont j’ai forcément déçu les attentes – pardon – vous m’avez permis de comprendre et transmettre ce qu’est la recherche en ethnolinguistique dans son contexte : merci !
  • Bernat Arrous, Abel Escudé, voués aux langues d’Oc ! Vous avez commencé une œuvre de pérennisation d’un patrimoine immatériel : merci !
  • Monsieur Aitor Carrera Baiget, linguiste, pour ses nombreuses références aux travaux de mon père,
  • Françoise, qui a soigneusement conservé les ressources publiées sur ce site, avec l’accord de Nathalie,
  • François Pic, bibliographe de l’écrit occitan imprimé
  • L’Université de Toulouse et plus particulièrement Emmanuelle Garnier, Sophie Périard, et Bruno Péran pour l’accueil favorable fait à ce projet et l’autorisation de mise en ligne des articles parus aux éditions de l’université,
  • Jacques Aboucaya, auteur, journaliste, ami,
  • Paul Gayot, Sérénissime Provéditeur Rogateur Général du Collège de ‘Pataphysique, compagnon de mes premiers pas qui tournent en rond ou tout du moins autour du même centre, et de mon impatience à vouloir tout comprendre,
  • Madame Josiane Mothe, Monsieur Henri Mothe, Madame Valérie Mothe Iéni, Madame Céline Mothe, Mademoiselle Salomé Iéni, qui ont autorisé la mise en ligne des enregistrements sonores de notre regrettée Juliette Mothe et de son époux : Théo,
  • Madame Sabine NAEGELEN POMMARET, Directrice adjointe du Service Interétablissements de Coopération Documentaire (SICD), Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées
  • Madame Monique Foissac, Documentaliste-bibliothécaire, Bibliothèque d’Etudes Méridionales, Laboratoire FRAMESPA
  • Madame Marie-Thérèse Vergara, qui a autorisé la mise en ligne des enregistrements sonores de ses grands-parents Adèle et Théophile Noguès,
  • Schüp, régent de dialectique des sciences inutiles au Collège de ‘Pataphysique, Oleyres,
  • Nathalie Dinguirard, pour l’autorisation de publication des textes et notamment, de la thèse de J.-C. Dinguirard,
  • Georges et Yolande Ousset, libraires et amis, La Bible d’Or, rue du Taur, Toulouse
  • Sophie Periard, Directrice de l’Appui à la Recherche, Université Toulouse Jean Jaurès,
  • Philippe Gardy, Directeur de la revue Lengas de l’Université de Montpellier,
  • Michel Tamine, Président de la Société française d’onomastique,
  • Nicolas Adell, Directeur, Ethnologie française,
  • Vladimir Randa, représentant des éditions Peeters en France,
  • Clotilde Simon et le redoutablement efficace service de prêt inter-bibliothèques de la Ville d’Issy les Moulineaux,
  • Yoan Rumeau, président de la Société des études du Comminges, Robert Pujol, Vice-Président de la Société des études de Comminges, Germain Monfort, membre de la société des études de Comminges,
  • Geneviève Brunel-Lobrichon et Claudie Amado, pour l’écho donné en 2004 aux travaux de J.-C. Dinguirard relatifs à l’épopée perdue de l’Occitan,
  • Franck Alvarez-Pereyre, pour le colloque international d’ethnolinguistique d’Ivry en 1979, dont les actes malheureusement sont devenus presque introuvables (voir C.R. par G. Calame-Griaule),
  • Jean-Pierre Chambon, linguiste
  • Hans Goebl, romaniste, linguiste, expert en dialectométrie
  • Alain Assezat, et ses recherches sur l’histoire de Boutx et de la haute vallée du Ger,
  • Guillaume Rondelet, naturaliste Occitan à l’origine de l’intérêt scientifique et littéraire pour l’évêque marin,
  • Alfred Jarry,
  • Arsène Lupin, Gentleman Cambrioleur, ainsi que l’Association de ses amis,
  • Le magazine littéraire, pour son sens du renversement fructueux.

Je remercie enfin M. Christophe Verdot, qui a réalisé ce site internet – entre autres – et que je recommande vivement.

 

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