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Bio-bibliographie de l’abbé Théobald LALANNE (10.02.1880 – 25.11.1952)

Je dédie cet article à Mme Guylaine BrunTrigaud, ingénieure CNRS, et au professeur Jean-Léo Léonard qui le premier, m’a donné de lire « l’indépendance des aires linguistiques… », à la famille de l’abbé Théobald, que je remercie vivement pour les photos, les textes, le contact. J’attends avec impatience la publication des travaux de Guylaine Brun-Trigaud et de Jean-Léo Léonard, assurément un regard neuf sur les travaux précurseurs de Lalanne. Un regard éclairé par un demi-siècle de dialectométrie et de dialectologie, des analyses étayées grâce aux outils informatiques modernes et aux données des 6 volumes de l’ALG dont Lalanne n’a connu que les 3 premiers.

Crédit Photo : famille Lalanne à Nouste 40300 Labatut

L’Abbé Théobald Lalanne est né le 10 février 1880 à Labatut-Pouillon (Landes). Il entre dans la Congrégation de la Mission le 30 septembre 1899, à Dax où il sera ordonné prêtre le 17 juin 1905. Il est placé au Chili en 1905 puis au Pérou en 1909 avant d’être mobilisé en 1915. En 1919, il est placé au Berceau de Saint Vincent de Paul, où il enseigne la rhétorique et le latin. Il décède le 29 novembre 1952.

Albert Dauzat disait n’avoir jamais vu d’homme plus doué, plus intuitif, plus ingénieux et plus travailleur que l’abbé Lalanne [1]. Séguy, voué à faire du neuf ou se taire ; Séguy dont l’école de dialectologie s’impose la discipline de l’Ars Difficilimma Nesciendi ; Séguy qui encense littéralement Elcock d’avoir conclu sa thèse par « peut-être sert-on mieux la science en exposant une erreur [la théorie de substrats] qu’en échafaudant une hypothèse séduisante, mais fragile » ; Séguy ne pouvait que rendre hommage, et de multiples hommages, au travail de Lalanne.

Lalanne comme Elcock a exposé une erreur : celle qui consiste à vouloir tracer au cordeau les frontières des dialectes, mais il a aussi posé les fondements de la dialectométrie, un outil d’aréologie linguistique quantitative que Séguy fera progresser et maitrisera, jusqu’à produire la carte des gradients de gasconité dans l’ALG VI.

Sur le plan littéraire et peut-être pédagogique, c’est avec « Theophraste à Lilliput » que Lalanne signe son chef d’œuvre, primé par l’Académie Française. Ce recueil de portraits des comportements d’élèves est une satire joyeuse et sans concessions, emplie de bienveillance.

Lalanne-Carte-des-parlers-de-Gascogne-maritime.
Lalanne-Carte-des-pays-de-Gascogne-maritime.

Sur le plan linguistique et peut-être du roman policier, Lalanne publie en 1959 l’ « indépendance des aires linguistiques en Gascogne maritime ». L’enquêteur Lalanne, au volant de sa Simca et richement doté en alcools et cigares, sillonne sa Gascogne Maritime pour recueillir des faits de langue, comparables en cela que tous répondent au même questionnaire. La compilation de ses notes sous forme de cartes géolinguistiques, confond tout ce qu’il tenait pour acquis : aucun des dialectes qu’il connait de par son expérience et de par ses lectures, aucun ne se manifeste sous la forme d’une aire confirmée par de confortables bourrelets d’isoglosses. Ni le béarnais, ni le « parler noir » ne correspondent aux aires géolinguistiques qui résultent de l’enquête lexicale. Qu’en est-il de la prise en compte de la phonologie, peu exploitable dans les données de l’ALF mais à laquelle Lalanne accorde beaucoup d’importance ? C’est à peine mieux : des pôles dialectaux irradient d’un champ de caractéristiques variables qui s’atténuent avec l’éloignement, et se superposent, interfèrent, avec les champs gradients issus d’autres pôles rayonnant de dialectes voisins. L’enquêteur-inspecteur prend grand soin de ne pas altérer les indices collectés sur la scène linguistique. Il tente une dernière opération de sauvetage des croyances populaires en matière de dialecte : la sélection de quelques traits particulièrement caractéristiques du béarnais et de l’aire réputée connue de ce dialecte. Echec encore : certaines caractéristiques ne recouvrent pas la totalité de l’aire, tandis que d’autres la débordent. Lalanne établit enfin le décompte des différences entre points consécutifs du territoire d’enquête, qui révèle un nombre sensiblement constant sur le territoire considéré.

Ce parcours intellectuel est saisissant : l’enquêteur Lalanne, prêtre de son état, veut trouver une loi qui régit les parlers locaux. Qui dit « loi » dit « invariants », « constantes », « systèmes » et « ensembles cohérents où les mêmes causes produisent les mêmes effets ». Grâce à son intégrité, grâce à cet interdit auquel il se tient d’altérer ses relevés pour confirmer une idée, il établit un double progrès scientifique.

D’abord en dénonçant une erreur : la notion de dialectes géographiquement bien circonscrits que, même pris ensemble, lexique, phonologie et grammaire ne permettent pas de territorialiser. Des champs gradients de dialectes interfèrent sur le terrain.

Crédit Photo : famille Lalanne à Nouste 40300 Labatut

Ensuite, et c’est là le fondement de la dialectométrie qui sera nommée et développée par Jean Séguy : ces invariants que l’on cherche, se trouvent dans le nombre de différences à l’interpoint et pour le trouver faut il encore compter toutes les différences sans les « catégoriser » a priori. Toutes les différences – phonologiques, lexicales, syntaxiques, grammaticales – contribuent à cette unité linguistique, tantôt démarcative, tantôt identitaire.

Références secondaires :

 

 

Sources :

  • Vie de Théobald Lalanne et photos portraits : famille Lalanne à Nouste 40300 Labatut
  • Texte de M. Pédelucq : association Trait d’Union Histoire, Mairie de Labatut 40300, avec l’autorisation de la famille d’Albert Pédelucq à Lahire 40300 Labatut
  • Louis Brunet in Mission et Charité du 15 juillet 1964
  • Albert Dauzat
  • Jean Séguy

Bibliographie de l’abbé Théobald Lalanne :